Métamorphose de l’aide humanitaire: Un investissement à long terme

photo aide humanitaire

L’aide humanitaire, longtemps perçue comme un acte juste et jugée indispensable pour les victimes, paraissait évidente pour ceux qui avaient été épargnés. Sa devise est d’être impartiale et libre de toute arrière-pensée politique, donc neutre. Se déroulant dans des situations d’urgence et de besoin, elle intervient donc dans des contextes conflictuels entre forces militaires, intérêts d’acteurs politiques locaux et internationaux, médias, etc. La communauté humanitaire est aujourd’hui plus grande et plus diversifiée que jamais et les populations sont solidaires au niveau mondial, mais son action est sans cesse remise en question. En effet, si l’aide humanitaire tente de répondre aux véritables besoins des victimes, qu’elle favorise une approche participative et qu’elle valorise les ressources locales, les débats à son sujet sont nombreux.

Sans revenir précisément sur les détails de ces controverses, il nous est donné à lire que les conséquences sur les conditions sociales, économiques et culturelles des régions en difficulté ne sont pas négligeables. D’une part, confrontées à des dilemmes politiques, économiques et sociaux, les organisations se retrouvent face à des choix difficiles quant à la cohérence entre leurs principes et la mise en œuvre réelle de leurs projets. D’autre part, elles se heurtent à bien des limites. Entre risque de prolongation et d’amplification d’un conflit, problèmes de légitimation de l’utilisation du budget, ou déformation (in)volontaire de la réalité à travers les médias, l’aide humanitaire est aujourd’hui prise entre les griffes des critiques les plus sévères.

De nombreuses réflexions sont produites pour éviter ou du moins diminuer les effets secondaires néfastes. Ce sont principalement les grands acteurs humanitaires tels que le CICR qui ont lancé le débat sur ce que devrait être l’aide humanitaire aujourd’hui. Les temps changent et la tendance actuelle est à élargir le concept traditionnel d’aide d’urgence et de reconstruction à une aide au développement sur le long terme et à de la prévention. La Déclaration sur les huit Objectifs du Millénaire pour le développement, que 147 pays membres de l’ONU ont signé dans les années 2000, en est l’exemple par excellence. Une conciliation entre l’aide au développement, la lutte pour les droits de l’Homme, la promotion de la paix et l’aide humanitaire semble aujourd’hui l’outil privilégié des grandes instances internationales.

Etre convaincu de notre capacité à améliorer l’état des choses. Oser à nouveau rêver d’un monde meilleur pour nos enfants. Se mettre ensemble pour réaliser l’impossible. Voilà la nouvelle ère de combat qu’ouvrent les Objectifs du Millénaire. Et si pour certains fatalistes ces actions paraissent utopiques, certains grands hommes sont convaincus du contraire. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, nous rappelle le 20 septembre 2010 que « nous pouvons transformer la promesse des OMD en réalité » et nous encourage : « Investissons dans un meilleur futur pour tous. Il n’y a pas de projet global qui en vaille le plus la peine ».

Une métamorphose donc, de l’aide d’urgence à l’aide sur le long terme, dit-on. Mais est-il réellement possible de prendre le temps dans une société qui n’a pas le temps ? Agir aujourd’hui en vue de demain. Est-ce un frein qui ralentit l’aide apportée ou, au contraire, cela garantit-il une amélioration durable ?

Danaé Jomini